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Message du rédacteur en chef
La prochaine phase dans la gestion de la
pandémie de COVID-19 : Une discussion sur les
compromis des différentes stratégies
La première phase de la gestion de la pandémie de coronavirus a largement
omis de discuter des compromis entre les différentes stratégies de gestion
de la pandémie, et ce à juste titre. La stratégie adoptée par nos chefs de
gouvernement, sur les conseils des professionnels de la santé publique, a été
largement unidirectionnelle : imposer des restrictions sociétales généralisées -
même selon les normes en vigueur en temps de guerre - qui limitent
fortement les contacts entre humains tout en acceptant les conséquences
économiques associées, et dans de nombreuses régions, dévastatrices.
Lobjectif final a été clair : atténuer la propagation de l’infection et donner
aux établissements et aux systèmes de soins de santé le temps de se préparer
aux “poussées” immédiates et futures d’infections et dhospitalisations liées
aux coronavirus. Notre société et notre profession ont réagi de manière
admirable en respectant ces restrictions et en atteignant le point final souhaité.
La prochaine phase de la gestion de la pandémie justifie des discussions
franches et bidirectionnelles sur les compromis à faire entre une stratégie
plus large et une stratégie ciblée de restriction des interactions en personne.
Cette discussion est nécessaire parce que le prochain objectif, à savoir la
disponibilité d’un vaccin contre les coronavirus, doit être atteint dans au
moins 12 mois, probablement dans 24 mois, voire plus longtemps1-3.
Les professionnels de la santé peuvent jouer un rôle central dans cette
discussion et ce débat en raison de l’influence considérable qu’ils exercent
actuellement pour conseiller les institutions et les gouvernements sur les
décisions politiques. En tant qu’internistes généralistes, nous sommes souvent
confrontés à des compromis lorsque nous décidons des avantages et des
risques d’un test de diagnostic, d’une intervention ou d’un traitement ; ces
compromis prennent en compte les NST par rapport aux NNH, l’impact
des événements évités par rapport à ceux qui ont été causés, les QUALITÉS
obtenues par rapport aux coûts encourus, le tout en tenant compte des
valeurs et des préférences des patients. Lengagement des professionnels
de la santé peut se faire à un niveau plus large avec les professionnels de la
santé publique ou les gouvernements (fédéral et provincial) pour discuter
des conséquences économiques à long terme de restrictions plus larges ou
ciblées des interactions en personne. Plus près de chez nous, nous pouvons
engager nos institutions locales ou les gouvernements provinciaux à discuter
et à débattre des compromis à faire pour gérer la prochaine phase de la
pandémie ; cela peut se produire dans au moins deux domaines.
Le premier est denvisager les compromis entre les soins médicaux
virtuels et les soins médicaux en personne. On peut affirmer que, bien
que les soins virtuels ne soient pas nouveaux et qu’ils se poursuivront à un
rythme accéléré, ils ne devraient pas remplacer systématiquement l’attention
méticuleuse portée aux détails, l’engagement personnel et l’humanité qui
ne peuvent être pleinement fournis que par des rencontres en personne
(mais protégées4). Pour ce qui est de léquilibre des risques, il convient de
prendre en considération les risques de propagation de l’infection dans un
environnement protégé en personne par rapport aux risques supposés plus
élevés de préjudice ou de détérioration de l’état de santé des patients dans
le cadre d’une approche axée sur les visites virtuelles. Il est important de
reconnaître que COVID-19 a des effets dévastateurs disproportionnés sur
les personnes âgées, en particulier celles qui résident dans des établissements
de soins de longue durée : les taux globaux de mortalité due à l’infection
sont de 10,7% chez les 60-79 ans et de 31,4% chez les >80 ans5 - bien que
ces taux de mortalité soient probablement beaucoup plus faibles chez les
personnes sans comorbidité.6 D’autre part, nous commençons à découvrir
les conséquences sanitaires collatérales de l’isolement de la société et les
limites de laccès aux soins de santé en personne, qui comprennent des
taux dévénements cardiovasculaires et de mortalité globale plus élevés que
prévu, même après avoir pris en compte les décès dus aux COVID-19.7,8
La seconde consiste à examiner les compromis entre l’apprentissage
virtuel et l’apprentissage en personne. Dans ce contexte, on peut affirmer
que nous devons ramener nos étudiants et apprenants - enfants, adolescents,
jeunes adultes - à lécole et dans lenvironnement clinique le plus rapidement
possible, cest-à-dire en septembre 2020. Pour cette question, les compromis
semblent plus unilatéraux : les avantages associés au retour des apprenants à
l’école l’emporteront probablement sur les inconvénients de la poursuite de
l’enseignement et de lapprentissage à distance pendant les 12 à 24 prochains
mois. En termes déquilibre entre les risques de lapprentissage en personne et
de l’apprentissage virtuel, COVID-19 semble épargner les jeunes de manière
disproportionnée : les taux globaux de mortalité due à l’infection sont de
0,06% chez les moins de 19 ans et de 0,11% chez les 20-39 ans5 - bien que
ces taux de mortalité soient probablement plus faibles chez les personnes
sans comorbidité6. Les élèves des écoles bénéficieront des interactions
en personne avec leurs pairs et leurs enseignants pour développer des
compétences essentielles de socialisation et d’apprentissage. Les apprenants
dans le domaine médical tireront des avantages incommensurables des
rencontres (protégées) en personne avec les patients.
Il y aura des contre-arguments et des critiques à de telles discussions
bidirectionnelles, basées sur des compromis - cest bienvenu
References
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James Douketis MD
Rédacteur en chef
Revue canadienne de médecine interne générale
Editorial
Canadian Journal of General Internal Medicine
Volume 15, Issue 3, 2020 5
CJGIM_3_2020_175414.indd 5CJGIM_3_2020_175414.indd 5 8/25/20 4:35 PM8/25/20 4:35 PM